Etendue : C1-C6 (61 notes)
Etendue : C1-C6 (61 notes)
Etendue : C1-G3 (32 notes)
En 1943, Gueberschwihr fit construire un orgue neuf par la maison Edmond-Alexandre Roethinger.C'est l'un des rares orgues construits sous l'Occupation. Cet instrument est avant tout fidèle à la tradition de l'orgue alsacien qui a été élaborée de 1871 à 1930. Enfin, il faut souligner qu'Edmond-Alexandre Roethinger a pris sa retraite en 1945.
Buffet
Ce style de buffet n'avait "pas la cote" il y a encore quelques années : il était de bon ton de le dénigrer, et de l'appeler "style palissade". Il faut donc commencer par souligner le plus évident : il y en a encore un. Car dans les années 50-60 sévissait la mode du "sans buffet", censée mettre en valeur la "pureté" de la tuyauterie. Si le dessin de quelques unes de ces façades est plutôt réussi, il en a souvent résulté de tristes alignements de tuyaux disposés sur un simple soubassement. (Le "style radiateur".) Mais souvent, aussi, des sauvages destructions de magnifiques boiseries éclectiques, ordonnées par les tenants du "minimalisme" (Coume (57), Audincourt (25)). On en est revenu : certains instruments ont même été dotés de buffets par la suite (Niederschaeffolsheim ou Salmbach). Bien sûr, les destructions, elles, ont été définitives.
Ce buffet est remarquablement assorti à son environnement : les lignes droites et courbes rappellent harmonieusement celles de l'édifice. Aujourd'hui, le snobisme surgi à la fin du 20ème siècle s'étant un peu calmé, on peut apprécier ces ensembles à leur juste valeur sans susciter les ricanements des "spécialistes". Le buffet de Gueberschwihr, dans son contexte, est vraiment très beau.
Le style est un peu l'évolution du "Modern style" élaboré dans les années 30. La boiserie s'efface, mais conserve une fonction de "cadre", duquel les tuyaux dépassent largement. Il fait penser à ceux du malheureux orgue de Morschwiller-le-Bas (Roethinger, 1924, un instrument prodigieux... aujourd'hui à l'abandon). Mais aussi à celui qui se trouve à Wasselonne (1933), et bien sûr à l'ancien orgue de St-Pierre-le-Jeune cath. à Strasbourg, dont l'orgue de Gueberschwihr était contemporain.
Console
Console indépendante dos à la nef, fermée par un rideau coulissant. Tirage des jeux par dominos blancs, dépourvus de porcelaines, numérotés, disposés en une ligne au-dessus du second clavier, et groupés par plan sonore. Claviers blancs, tous les deux à frontons biseautés.
Double commande des accouplements : par dominos (n°30-33) placés à droite de ceux de la pédale, et à pied, au moyen de pédales à accrocher, en bois et revêtues d'une plaque métallique gaufrée et vissée. Le repérage est assuré par des plaques blanches à lettres noires : de gauche à droite : "Sub II-I" (II/I 16'), "Super II-I" (I/II 4'), "II-P." (II/P), "I-P." (I/P) et "I-II" (sic ; pour II/I). Viennent ensuite les deux pédales basculantes : "Crescendo", et "Schwellwerk II.Man." (expression du récit). Pas de trémolo. L'indicateur de position du crescendo est un cadran circulaire, placé à gauche des dominos, et gradué de 0 à 10. Il n'y a pas d'appel/annulateur pour ce crescendo.
Commande des combinaisons fixes par poussoirs, placés au centre sous le premier clavier. De gauche à droite : "P", "MF" (les deux lettres partagent la même jambe), "F", "T.o.Z." (Tutti ohne Zugen), "T. m. Z." (Tutti mit Zungen), et "Ausl." (poussoir noir) pour l'annulateur.
Plaque d'adresse constituée de grandes lettres en laiton placées au centre du la planche séparant les deux claviers. Elle dit fort sobrement :
E.A.Roethinger
Le numéro d'opus et l'année de construction ne figurent pas à la console.
Sommiers
Sommiers à cônes. Deux sommiers chromatiques pour le grand-orgue (basses / mediums+aigus), placés derrière la façade du côté gauche de l'instrument. Les basses sont côté centre. Le récit est également chromatique, disposé symétriquement au grand-orgue du côté droit. La pédale est diatonique, avec deux sommiers en mitre disposés au fond de l'instrument et au centre.
Transmission
Electro-pneumatique.
Tirage des jeux
Electro-pneumatique.
Tuyauterie
La tuyauterie est vraiment très belle, bien que très empoussiérée. Elle ne présente aucune trace d'altération ou de ré-harmonisation. Tout est bien agencé, dans un buffet spacieux. Elle n'est pas totalement homogène, puisqu'on trouve au grand-orgue des Bourdons à calottes soudées. Leur provenance n'est pas facile à établir, et ils ne sont pas forcément issus de l'orgue précédent, car la maison Roethinger disposait d'un fonds de tuyaux particulièrement important. La plupart des tuyaux ont des encoches d'accord, des entailles de timbre, ou des calottes mobiles. Au récit, les petits jeux sont coupés au ton, mais d'autres ont des entailles de timbre.
A l'intérieur du récit, il y a des étiquettes d'expédition, disant "Exp. : Ets.E.A.Roethinger Orgues & Harmoniums 44-44a, Rue Jacques-Kablé Strasbourg" / "Dest. :Monsieur l'Abbé Brunner Curé de Gueberschwihr ( Haut-Rhin )". Il y a aussi une étiquette "Ne pas renverser". Une autre étiquette, cette fois dans le soubassement, donne la gare de destination : Herrlisheim.
Il y a par exemple, à la pédale, une anche (douce) en 16' seule : la composition est prévue pour les tirasses : des Trompettes 8', on en a déjà deux. Les accouplements à l'octave (II/I en 16' et 4') sont réellement l'ADN de ces instruments. Il y a une "batterie" complète d'anches (16', 8', 4') au grand-orgue, dont le 16' est bien un Basson, et surtout pas une trop sonore Bombarde. Tout est conçu dans un évident souci d'équilibre. Autre exemple : la pédale dispose de deux Bourdons 16' d'intensité différente (même si les deux jeux font usage du même rang de tuyaux). Evolutions Caractéristique de l'évolution du style est l'usage de jeux coniques. (Gemshorn, Spitzfloete.) Ils existaient déjà dans l'orgue pré-romantique des années 1850, mais Georges Schwenkedel les a réellement popularisés depuis le milieu des années 20. La solide base symphonique, épaulée par les fondamentaux accouplements à l'octave, est associée - néo-classique oblige - à un Cornet décomposé (2'2/3, 2', 1'3/5) au récit. Mais il n'y a pas de Mixture au récit : elle est bien au grand-orgue, et, si elle a toujours un rôle de couronnement (intervenant après les anches), elle est aussi concevable sans anches. Les combinaisons fixes font bien sûr aussi partie de la dotation, et on retrouve les deux tutti chers à Roethinger : une version sans anches, et une version avec, souvent appelée "Grand-jeu" (mais pas ici). Plus tard, d'ailleurs, l'expression "Grand-jeu" reprendra son sens classique (anches, Cornet et Prestant) pour ne plus signifier tutti. Finalement, la seule tendance s'écartant du style post-symphonique alsacien est le dépeuplement du grand-orgue en fonds. Il n'y a plus de Gambe au grand-orgue, et pas de Flûte 8' ouverte. Cette dernière est au récit, où se trouve également le Salicional. Cette évolution renonce à certains des traits emblématiques du style : Dolce, couple Gambe+Salicional, Fugara, Violoncelle de pédale. On compte sur les jeux coniques pour colorer les timbres, mais cette coloration n'intervient que dans les aigus. Reste le "signe distinctif" de cet instrument : les claviers de 5 octaves complètes (61 notes). Bien sûr, cela répond à une évolution du répertoire qui n'a pas été pérennisée, le "standard" restant à 56. Cela a des profondes implications techniques, sur la progression des tailles en particulier. On n'étend pas un jeu d'orgue simplement en ajoutant des tuyaux : il faut que le tout soit "praticable" sans rupture dans sa continuité. L'orgue de Gueberschwihr a bien été "repensé", ce qui lui a conféré une identité dépassant de loin l'étendue de ses claviers.
Code de l'orgue : FR-68111-GUEBE-STPANT1-X